Parce que c’est trop

Parce qu’autour de moi, proches et moins proches « tombent », parce que rien ne change, parce que c’est toujours aussi difficile à vivre… Le burn out, épuisement professionnel, appelez-le comme vous voudrez touche de plus en plus de monde, métiers, âges et genres confondus.

Il y a quelques années, dans ma vie « d’avant » on en parlait en mentionnant les métiers les plus touchés, infirmiers, enseignants… Aujourd’hui force est de constater que cette maladie, oui ça en est une, ne touche plus nécessairement certaines catégories de personnes, mais tous. Loin de moi l’idée de faire une analyse scientifique du sujet (j’ai étudié la comm’ hein pas les statistiques), par contre mon témoignage, s’il peut aider à comprendre est là pour ceux qui le vivent de près ou de loin.

« Comment tu vas? », « Tu penses que tu vas retourner quand au bureau? », « Tu ne t’ennuies pas trop la journée? », « Comme tu as un peu de temps, tu pourrais faire ça pour moi? », … AAAAh ces questions, venant d’un entourage qui s’inquiète, qui ne sait pas quoi faire, qui n’aime pas vous voir aller mal… Ces questions qu’on ne veut pas entendre, alors pour les proches, arrêtez tout de suite, ne dites rien ça aidera certainement.

Parce que non ça ne va pas, oui je suis à la maison toute la journée et pourtant je ne m’ennuie pas, en tout cas pas au sens où on l’entend. Je ne suis peut-être pas occupée à ranger (surtout pas d’ailleurs), repeindre, décorer, faire à manger, faire du shopping. Et ce, pour deux raisons. 1. Au début, on ne se sent pas « autorisé » à faire ce genre d’activités, à sortir de chez soi. On est malade. Malade ? Mais de quoi ? Pas de bras cassé, pas de grippe, bronchite ou autre, pas de « vraie » maladie… Et pourtant j’en ai rêvé d’une bonne vraie maladie qui me clouerait au lit des jours, des semaines, des mois… Celle qui justifierait mon absence. Et au lieu de ça, burn out, gros besoin de s’arrêter, de faire une pause. Mais ça ça ne se voit pas, enfin on ne veut pas le voir. Mais sous certificat moi j’ai toujours eu du mal à sortir de chez moi. 2. On a envie de rien, de rester allongé ou assis, de ne voir personne, et pas d’aller chez l’esthéticienne même si, vu notre tête, ça ne pourrait pas faire de mal.

C’est quoi au fond ce burn out? Selon moi c’est ce moment où le corps lance un grand coup d’alerte pour dire STOP ça ne va plus du tout, arrête. Il a eu beau envoyer des messages, douleurs d’estomac, indigestions, coup de froid, mal de dos parfois, on n’a pas voulu écouter, on s’est cru plus fort, on est des battants au fond. Là le message il vient d’en haut, du boss: le cerveau. Physiquement on ne se sent pas capable d’aller au bureau. Ce matin-là j’ai fait demi-tour quasi devant le bureau. Je n’aurais pas pu y aller. Et devant le médecin je me suis effondrée.

Je suis rentrée à la maison, un certificat de 10 jours avec moi, et plein de questions. Que faire ? Que dire au bureau ? Cette partie là est encore assez facile étant donné que l’on a pas à justifier un arrêt maladie en Belgique. Que dire aux proches ? Mais avais-je vraiment envie de le dire ? Epuisement, burn out, besoin de faire une pause, pas bien, mal au ventre (encore), cauchemars, envie de rien, … ça c’était les symptômes, la partie plus « visible ». Mais le plus difficile, l’invisible, c’étaient les émotions. De l’échec à la colère, en passant par le découragement, je suis passée par une série d’étapes, longues, pas toujours faciles, mais ô combien nécessaires.

Et dans ces moments-là difficile de dire combien de temps ça dure. Difficile d’anticiper les réactions, de savoir quoi faire avec une personne en burn out. L’entourage est un peu perdu, ne sait pas comment réagir, d’où les questions habituelles mais tellement pénibles (oui j’insiste). Et encore je parle de l’entourage bienveillant qui, même s’il ne sait pas quoi faire, tente de ne pas juger. A côté de ça il y a les impatients, ceux qui ne comprennent pas du tout ou ne veulent pas comprendre, ceux qui pensent que ce burn out est la nouvelle arme des faibles pour fuir le boulot quand il devient trop éreintant. Ceux qui n’aiment tellement pas leur boulot qu’ils en feraient bien aussi un burn out. « Moi aussi je vais aller chez le médecin demander un certificat! ». Ceux-là on les écoute de loin, on enfile sa carapace et on les laisse parler.

C’est pas un truc de faibles, d’ailleurs si on pouvait arrêter de catégoriser les uns et les autres, ça résoudrait déjà une partie du problème. C’est le mal de ceux qui veulent trop bien faire, parfaitement même, contrôler leur vie professionnelle, familiale, sociale, ces wonderwomen ou superman que rien ne peut arrêter. Ceux dont les patrons attendent qu’ils bossent minimum 50 heures par semaine, ceux à qui on demande s’ils sont en temps partiel quand ils quittent le bureau à 17h00. Ceux qui ne disent pas non quand il y a trop à gérer. Ils sont plus nombreux qu’on ne le pense.

Deuxième conseil pour l’entourage : laissez le temps, pas deux semaines, pas un mois, ça peut durer 3, 6 mois, voire un an. Ca vous paraîtra long parfois, mais c’est un mal nécessaire. Et si vous ne voyez pas vraiment la maladie, sachez que le malade ne la voit pas non plus. Sur environ 8 mois d’arrêt il m’en aura fallu presque autant pour accepter ce qui m’arrivait, et au moins la moitié pour me rendre compte que mon boulot en était responsable en grande partie. Il faut le temps de se reconstruire, de reprendre confiance en soi, de se rendre compte de ce qui n’allait pas pour mettre en place de nouveaux mécanismes, apprendre à écouter son corps, trouver ses propres remèdes. Seul ce n’est pas facile, pour ma part j’ai été entourée par « une équipe » (dixit mon médecin), composée de ma coach et de mon médecin. Au fil des séances, consultations, crises de larmes, encouragements, ils m’ont permis d’apprendre à  me connaître, m’accepter telle que je suis, à faire tomber les barrières, à mettre en valeur ce que j’aime faire et ce que je sais faire non pas pour les autres mais pour moi. Et il y a eu aussi mon homme, mon mari, lui qui m’a laissé tout le temps dont j’avais besoin, qui a accepté que je ne voulais voir presque personne au début, qui a géré les enfants et qui a écouté toutes mes idées un peu folles de reconversion, qui m’a laissé faire mon cheminement, sans limites, sans questions, sans a priori.

L’entourage, s’il ne sait pas quoi faire face à quelqu’un qui s’arrête pendant un certain temps, peut être d’une aide précieuse, non pas en cherchant les solutions mais en écoutant celles du malade, en le laissant rêver. C’est tout.

Alors aujourd’hui, on est conscient du problème, on en parle de plus en plus mais rien ne change. Pourquoi ?

Le burn out est peut être une chance pour beaucoup, et ça a été mon cas. Mais pour autant le fait de passer 8 mois voire un an à la maison, à pleurer, vomir, attendre, tout remettre en question, fermer les rideaux à 17h, redouter les week-ends parce qu’on ne sera pas seul n’est pas une chance en soi, vraiment pas. En plus ça commence à coûter cher à la Sécu, du coup notre gouvernement va sûrement nous mettre en place de nouveaux mécanismes de contrôle, pour éviter les « abus ». C’est parfait.

Et si la solution était d’anticiper tout ça ? Mais vraiment, pas uniquement en communiquant les coordonnées du médecin conseil ou de la personne de confiance du bureau. Si on acceptait que travailler 50 heures par semaine ou plus n’est pas humain. Personnellement je trouve que 38 heures c’est déjà trop mais c’est personnel. Si on acceptait que chacun a droit a passer du temps en famille et pas uniquement la mère ? Si on acceptait que l’épanouissement ne vient pas que du boulot et que ce serait bien d’y passer un peu moins de temps ? Si on arrêtait de culpabiliser dès qu’on est inactif 15 minutes ? Si on acceptait que tout ne soit pas parfait ? Si on essayait de ne pas répondre aux emails dans les 10 minutes ?

Il y aurait beaucoup de choses à faire, c’est ça qui est génial ! Arrêter de courir tout le temps, s’octroyer du temps pour soi, pour sa famille aussi, pas nécessairement au club med, dans un parc c’est bien aussi. Ne pas tout donner au boulot.

Je ne dis pas qu’il ne faut plus travailler, que du contraire, je ne rejette pas non plus le monde de l’entreprise, par contre je suis pour un changement de paradigme, pour une société ou l’individu aurait sa place pas uniquement en tant qu’employé rentable, mais également en tant que personne.

Il va falloir changer, et ça commence aujourd’hui !

4 commentaires sur “Parce que c’est trop

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  1. Eh ben,Sophie,tu m’encourages.
    Je ne suis donc pas seule dans le cas et cela me rassure.
    Pendant des années,j’ai été une bombe atomique.
    Bosser au boulot, parfois 50 heures par semaine
    Gérer la clientèle de plus en plus difficile.
    Eduquer 2 enfants seule, les aider dans leurs études..
    Courir à gauche et à droite pour faire les courses,préparer des repas équilibrés,conduire les poupousses au sport à l’école, prévoir tout.
    Faire du sport,m’occuper du cheval, du poney, des chiens, du chat et de la baraque.
    Et surtout payer les factures.
    Puis par après,aider mes vieux parents et ceux de mon nouveau compagnon…

    Et puis après…PATATRA.

    Je savais que ma collègue et employeuse allait cesser son activité dès février 2017.J’ai donc presté mon préavis (je le preste encore mais à la maison) et je pensais redémarrer librement et rebondir sur mes pattes.

    Tu parles Charles. Mon corps m’a bien vite rappelé ce que je lui ai fait subir pendant 35 ans et s’est bien vengé.Résultat, dès ma cessation d’activité, nausées, douleurs abdominales,vertiges,narcolepsie…tout y est passé.

    Mais bon,cela m’a laisser le temps d’un peu de réflexion et de me poser
    des questions..

    Pourquoi court on ainsi?
    Pourquoi consommes nous ainsi?
    Pourquoi n’avons nous plus envie de sortir de chez nous?
    pourquoi donc nous nous renfermons sur nous?
    Pourquoi ais je horreur d’aller dans un centre commercial?
    Pourquoi les gens passent autant de temps devant la télé?

    C’est clair: parce que les multinationales veulent nous abrutir pour nous faire consommer.Et cela par tout les moyens.

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    1. Merci pour ton témoignage !
      En effet tu n’es sûrement pas seule et j’ai l’espoir que nous serons de plus en plus à nous poser ces questions que tu poses et que tout cela nous permettra d’anticiper les crashs plutôt que de les subir…

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  2. Je ne comprends que trop bien ton article. Cela fait 1 an que je suis en burn out et je commence seulement à être capable d’envisager l’avenir… et une reconversion professionnelle car être assistante sociale pendant 13 ans dans une structure dysfonctionnelle m’a totalement épuisée et je me suis perdue en chemin.
    Cette année m’a également permis de me questionner sur notre consommation et sur nos déchets et me mettre en route vers le zéro déchet 😉
    Bonne continuation !

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